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Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 27 juin 2006
Mots clés : Québec (province), Tourisme, mont-laurier, gisements d'uranium, villégiature
Plusieurs groupes et organismes de la région de Mont-Laurier, dont l'économie repose en grande partie sur l'exploitation des ressources naturelles, le tourisme et la villégiature, craignent la vague d'exploration minière qui déferle présentement sur leur région dans l'espoir d'y découvrir d'importants gisements d'uranium.
On a même vu récemment 80 personnes manifester sous la pluie à Mont-Laurier, un samedi, pour protester contre le peu de réaction des élus régionaux devant ces travaux d'exploration réalisés sans information préalable de la population. Plusieurs perçoivent déjà cette activité comme une menace à l'exploitation durable des ressources régionales même s'il faudrait une décennie environ avant qu'une société minière puisse lancer véritablement une exploitation industrielle du métal radioactif.
Pour le président de l'Association pour la protection de l'environnement des Hautes-Laurentides (APEHL), Réal Richer, «même si on est loin de l'étape de l'exploitation commerciale, dès qu'il y a prospection intensive, la porte est ouverte au reste. Et il faut donc qu'on s'informe sur cette question et qu'on offre cette information au public.»
Cette association a donc créé une «nouvelle cellule du mouvement anti-nucléaire» pour élaborer une stratégie d'information pour le public et les politiques locaux sur les enjeux en cause.
Le député local, Sylvain Pagé, du Parti québécois, a même organisé une rencontre entre les représentants des organismes publics de la région et ceux de la Nova Uranium Corporation, une des deux entreprises de prospection actives dans la région. L'APEHL entend pour sa part offrir la même information à la population et, aussi, inviter des universitaires plus indépendants que les consultants des sociétés de prospection.
Jusqu'à présent, d'après les récents résultats d'analyse divulgués par Nova Uranium, celle-ci n'a pas trouvé de filons où les concentrations dépassaient 500 parties par million (ppm) d'uranium par tonne de pierre. Il faudrait trouver des concentrations minimales de 5000 ppm et, mieux, de 10 000 ppm pour que l'exploitation des veines recensées dans la région soit rentable. Selon M. Richer, les représentants de la Nova Uranium auraient expliqué qu'une usine qui extrait de l'uranium coûterait au bas mot 100 millions. Elle doit donc compter sur des réserves et des concentrations importantes pour être rentable.
L'arrivée des prospecteurs d'uranium dans la région de Mont-Laurier s'explique par la hausse du prix de l'oxyde d'uranium, qui est passé d'environ 10 $ la livre à plus de 40 $ dans la dernière année. On se rappellera que le retour en force du nucléaire dans le monde semble lié au discrédit qui frappe les combustibles fossiles, source première du réchauffement du climat mondial.
Le Canada et principalement la Saskatchewan, l'Australie, le Niger et le Kazakhstan viennent en tête des pays producteurs d'uranium dans sa forme brute.
Dans la région de Mont-Laurier, les recherches se concentrent principalement autour de Ferme-Neuve, de Sainte-Anne des Lacs, près du lac Mekoos, où se trouve un pourvoyeur.
Une autre multinationale française, Aréva, s'intéresse aussi à la prospection dans les Laurentides. Des droits miniers ont aussi été levés sur de vastes concessions au nord de Chutes-Saint-Philippe et lac Saint-Paul.
D'autres régions du Québec se retrouvent par ailleurs dans la mire de l'industrie minière. Ainsi, aux monts Otish, où plusieurs voudraient que Québec crée une aire protégée, des concentrations de 20 livres par tonnes auraient été découvertes, ce qui dépasserait de plusieurs fois la moyenne internationale de trois livres par tonne. D'autres travaux de prospection ciblent par ailleurs la région de Johan-Beetz, dans la Basse-Côte-Nord. Si en général les teneurs sont relativement faibles au Québec, les gisements québécois pourraient devenir très actifs dans l'hypothèse où les prix doubleraient d'ici quelques années, comme le prévoient les experts.
Les mines d'uranium ont souvent contaminé pour longtemps des cours d'eau en raison des lixiviats provenant des sites de déchets miniers.