Manifestation anti-uranium à Mont-Laurier...
QUELQUE 70 CITOYENS INQUIETS SE MOBILISENT
Camille Tremblay-Fournier

C’est par préoccupation, par besoin de renseignements ou par désir de conscientisation, qu’environ 70 personnes ont répondu au cri d’alarme de l’Association pour la protection de l’environnement des Hautes-Laurentides (APEHL), samedi dernier. Cette association, dont François Lapierre était le porte-parole pour l’événement, a convié la population à venir affirmer leur mécontentement envers la possible extraction d’uranium dans la région, en participant à une marche dans les rues de Mont-Laurier.
Rappelons quelques faits importants. Il est connu depuis plusieurs années qu’il y a présence d’uranium dans les sols de la région. Toutefois, la valeur de cet élément naturel sur le marché n’était pas élevée. Le marché a changé et l’uranium devient une option intéressante. Ainsi, quelques compagnies d'exploration possèdent des concessions dans la région et elles sont maintenant à l’étape de la prospection des lieux en prélevant des échantillons de sol. Parmi ces compagnies, l’une d’elles inquiète davantage l’APEHL, Nova Uranium, car elle compte explorer des sols près de Ferme-Neuve, Chute-Saint-Philippe et, plus précisément, aux alentours du Mekoos, du réservoir Kiamika et du lac Mitchinamecus.
La manifestation a su rallier des individus de
tous âges et de secteurs divers, tous rassemblés dans le même but, faire
pression sur les décideurs régionaux, afin d’avoir accès à de l’information sur
la situation pour ensuite la diffuser à la population. Les manifestants ont
revendiqué leur droit d’être informés, car, sans information, «les citoyens sont
laissés à eux-mêmes face à ce débat», a déploré M. Lapierre. Les participants
ont usé d’originalité avec des slogans percutants et se sont montrés énergiques
tout au long de la marche en scandant des chansons. Après avoir sillonné les
rues de la ville, les participants se sont rassemblés sur le parterre de la
polyvalente Saint-Joseph pour écouter des allocutions et pour partager leurs
idées sur la situation. Réal Richer, personnage important des causes
environnementales dans la région et président de l'APEHL, a pris la parole pour
énoncer les actions des acteurs régionaux. Aussi, des étudiants de la
Quelque 70 personnes ont répondu à l'invitation tardive de participer à
cette manifestation.
polyvalente, Myriam Lauzon-Godard, Ariane Lapierre et Antoine Mailhot,
organisateurs de la marche avec M. Lapierre, ont parlé des conséquences
possibles de l’extraction de l’uranium, dont l’exposition aux déchets
radioactifs et du problème de leur entreposage. Finalement, les orateurs ont
exposé les faits et ont conclu que les coûts environnementaux et sociaux étaient
trop élevés par rapport aux retombées régionales, donc, comme l’a dit François
Lapierre, «que le jeu n’en vaut pas la chandelle». L’APEHL a comme projet de
suivre le dossier de près en demandant des comptes au ministère concerné, à la
MRC et aux députés. De plus, elle prévoit des actions d’éclats à l’automne si
rien n’est fait.
Nova Uranium, Omegalpha, Ressources Stratéco...
SE LIMITENT À DES FORAGES D'EXPLORATION
Luc Bélisle
Ces trois entreprises, qui possèdent des lots miniers dans la région nord de la Lièvre, sont des compagnies qui se limitent à l'exploration. Les forages exploratoires ont débuté dans le cas de Nova Uranium et débuteront cet été pour Ressources Stratéco et Omegalpha. Le retour du nucléaire comme ressource énergétique possible en remplacement d'autres ressources jugées plus polluantes ou de plus en plus rares, ainsi que la hausse de ce minerai sur les marchés boursiers, explique le retour en force des forages exploratoires dans la région.
Selon les informations obtenues par le bureau du député Sylvain Pagé, Nova Uranium a commencé le travail d'extraction de carottes et d'échantillonnages des sols sur le terrain au mois de février dernier. L'équipe compterait trois géologues, deux manoeuvres et trois étudiants. Les travaux devraient se poursuivre jusqu'en septembre ou octobre. Ces prélèvements sont analysés à Toronto et à Vancouver. Même si les résultats ne
De gauche à droite: Antoine Mailhot, porte-parole des étudiants de la polyvalente; Ariane Lapierre
organisatrice, Myriam Lauzon-Godard informatrice et François Lapierre porte-parole
sont pas encore connus, Nova Uranium soutient que la teneur en uranium sur ses lots serait minime. Si les résultats finaux des différentes explorations s'avéraient concluant, Nova Uranium vendrait ses droits à une entreprise qui fait de l'extraction. Selon ce que le porte-parole de Nova Uranium a confié au bureau de Sylvain Pagé, après avoir passé toutes les étapes obligatoires, les délais d'obtention des permis nécessaires pour l'exploitation oscilleraient autour de cinq ans. Il faudrait ajouter environ cinq autres années pour la mise en place d'une mine.
Omégalpha est une autre entreprise d'exploration minière qui est actuellement présente près de Sainte-Anne-du-Lac. En ce qui concerne Ressources Stratéco, une entreprise qui possède depuis 2005 80 titres miniers contigus couvrant une superficie de 4 710 hectares dans le canton de Pérodeau, les travaux d'exploration débuteront cet été.

Présence d'uranium dans la région (communiqué)
NOVA URANIUM VEUT FAIRE PREUVE DE
TRANSPARENCE
Nova Uranium a le plaisir d'informer les
citoyens de la région des Hautes-Laurentides des activités qu'elle y poursuit
afin de dissiper toute inquiétude éventuelle pouvant se manifester à l'égard des
questions liées à l'uranium et à la radioactivité. Les sujets traitant des
éléments radioactifs, de l'uranium du thorium et des radio-isotopes qui en
découlent, de leur usage et des impacts environnementaux ainsi que des nombreux
enjeux concernés, sont de nature complexe et doivent être adressés avec
justesse. Ces interrogations sont d'une grande importance et il est normal que
les principaux intéressés en soient informés. Pour ce faire, Nova Uranium
prendra les dispositions nécessaires pour rendre disponible l'information auprès
du public en annonçant la mise sur pied d'une politique de communication et d'information sur ses activités régionales et sur les questions liées au secteur
uranifère. À cette fin, Nova Uranium poursuivra ses efforts pour franciser son
site web et pour rendre accessible de l'information en français, tout en
planifiant des rencontres avec les représentants et
Marche dans les rues de Mont-Laurier «Non à l'uranium».
responsables locaux pour leur faire part des travaux en cours et pour transmettre de l'information sur les réalités de l'industrie de l'exploration uranifère.
Nova Uranium est impliquée en exploration minérale (et non pas en exploitation) et invite les citoyens à se renseigner d'avantage en visitant son site web ou en communiquant aux coordonnées ci-dessous. Les questions traitant du nucléaire sont, quant à elles, facilement accessibles sur la toile. Nova Uranium est une société d'exploration minérale dont les activités consistent essentiellement à des travaux de prospection de surface, comprenant de la cartographie, de la reconnaissance géologique et géophysique, de l'échantillonnage, du sondage peu profond. Le travail qui est de nature temporaire et/ou saisonnier, implique une dizaine d'ouvriers et professionnels sur le terrain qui oeuvrent dans le but de localiser des ressources minérales uranifères. La société déclare être à l'étape de l'exploration minérale
et que l'état actuel des connaissances géologiques sur le permis qui lui est dévolu, ne permet pas d'entreprendre une étude de faisabilité en vue d'exploiter un gisement uranifère. Les travaux de surface visent à caractériser le contexte géologique par des prélèvements d'échantillons de roc et de sols.
Il n'existe aucune activité d'exploitation ou d'extraction minérale sur le permis d'exploration de la société ni aucune étude réalisée à ce jour pouvant justifier une telle activité.
Vague d'inquiétude concernant l'uranium...
OMÉGALPHA VEUT CALMER LES ESPRITS
Dans un communiqué émis par Serge Genest, géo., Ph.D. pour Omégalpha, on explique notamment que tout individu ou société légalement constituée a le privilège d'explorer et d'exploiter les ressources minérales qui pourraient se retrouver sous la surface du sol moyennant certaines conditions et le paiement de droits. Le Gouvernement du Québec a d'ailleurs facilité le travail de jalonnement et contribué à réduire les impacts négatifs de la prospection sur l'environnement en permettant de jalonner sur carte (GESTIM), plutôt que de procéder sur le terrain avec des lignes coupées, du marquage d'arbres et l'installation de piquets de claims. Le déclin du nucléaire observé dans les dernières décennies fut dû à quelques accidents de parcours, le plus éclatant étant celui de Tchernobyl, mentionne-t-on dans le communiqué. On dit également que la technologie et les protocoles se sont grandement améliorés depuis. Il en est de même pour la gestion des déchets radioactifs, laquelle tend de plus en plus vers une réduction importante des déchets, voire même la valorisation de ces derniers. "L'énergie nucléaire est incontournable. Elle contribue déjà à 80% de l'énergie consommée en France, pour ne nommer que ce pays. Pour vous en rendre compte, je vous invite à consulter la page web du Groupe AREVA (www.areva.com), le géant français de l'énergie nucléaire. Vous apprendrez ce que vous désirez savoir sur le cycle de l'uranium", précise le Dr Genest.
"La région de Mont-Laurier est connue depuis plus de 50 ans pour son potentiel uranifère. Une lecture des anciens rapports vous aura vite convaincus du bien-fondé de la prospection pour l'uranium dans votre région... Bien que le Gouvernement du Québec n'ait adopté aucune réglementation en la matière, le radon est un problème de santé publique reconnu dans les pays développés. Le radon qui nous intéresse est un gaz lourd naturel, produit de désintégration nucléaire appartenant à la chaîne de l'uranium. Ce gaz radioactif peut être inhalé. Il est reconnu comme une cause potentielle de cancer des poumons. Considérant les critères retenus pour l'étude pan-québécoise réalisée à la fin des années 90 pour évaluer le risque pour la santé relié au radon domiciliaire et les données actuelles disponibles au MRNFQ quant aux teneurs locales en uranium, la population aurait peut-être intérêt à mieux connaître les teneurs en uranium dans le sol de certains secteurs avant de s'y installer. Les responsables du développement démographique pourraient ainsi éviter un autre OKA", poursuit le communiqué.
"Compte tenu de l'état actuel des connaissances, rien ne laisse présager un développement minier à court et moyen terme sur votre territoire. Les teneurs en uranium sont un peu trop faibles pour une exploitation au prix actuel; le volume requis est loin d'avoir été démontré. Par contre, les retombées économiques des présentes activités d'exploration dans votre communauté sont loin d'être négligeables. Devrais-je vendre ma maison? Rien, mais rien ne laisse actuellement présager que les immeubles pourraient connaître une dépréciation. Il n'y a aucune indication de mine en vue, loin de là. De plus, à mon avis, les secteurs les plus favorables pour l'uranium sont à l'extérieur des agglomérations et des principaux centres de villégiature", conclut Serge Genest.