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La Presse Affaires

Boom dans la prospection d'uranium

Philippe Mercure La PRESSE
12 juin 2006 - 06h24

L'intérêt pour l'uranium québécois renaît.

Trente ans après avoir abandonné les trous de forage parce qu'on jugeait les concentrations insuffisantes, les acteurs se bousculent au portillon pour explorer les anciens sites.

Pas moins de 39 compagnies mènent actuellement des activités d'exploration ou de prospection d'uranium au Québec, selon le Centre d'information de l'uranium, un organisme australien qui suit l'industrie.

« Il y a un boom extraordinaire », confirme Jean-Pierre Thomassin, directeur général de l'Association de l'exploration minière du Québec.

Avec la livre d'uranium qui se transige dans les 42 $US- quatre fois plus qu'il y a trois ans- les concentrations qu'on avait écartées du revers de la main dans les années 1970 redeviennent subitement intéressantes.

Guy Hébert, en tout cas, a sorti sa calculatrice. M. Hébert est président de Ressources Strateco, une firme québécoise qui vient de percer six trous dans la région des Monts Otish, à l'est de la Baie James.

Ses forages ont intercepté des concentrations qui atteignent 20 livres par tonnes- loin des 400 livres par tonnes exploitées dans les grandes mines de la Saskatchewan, mais largement supérieures à la moyenne mondiale de trois livres des mines actuellement en fonction.

« Disons que l'uranium se vend 44 dollars US la livre. Avec des concentrations de 20 livres la tonne, ça fait 880 dollars US la tonne de roche », calcule-t-il. Les coûts d'exploitation?

« Tout inclus, j'ai l'impression que ça peut coûter en 70 et 100 dollars la tonne. L'uranium est extrêmement lucratif », dit-t-il. Pour l'instant, les compagnies en sont encore à l'étape de placer leurs pions en acquérant des titres miniers et en sondant sol.

On dépoussière aussi de vieux relevés d'exploration réalisés dans les 1970 par la Société d'exploration minière (SOQUEM) ou des compagnies comme Bomet Mines, qui a abandonné la partie avec la chute des prix de l'uranium dans les années 1980.

Radioactivité à Mont-Laurier

Nova Uranium, par exemple, est une compagnie de Vancouver mise sur pied expressément pour explorer le potentiel uranifère dans la région de Mont-Laurier. La compagnie a commencé par acheter 45 titres miniers en septembre 2004, puis a doublé sa superficie après avoir survolé la région avec un détecteur de radioactivité.

« Les données historiques nous ont ensuite convaincu de passer de 90 à 309 titres », explique Donald Moore, président de l'entreprise, qui détient aujourd'hui les droits d'exploration sur 228 kilomètres carrés.

Les concentrations de Mont-Laurier, cependant, ne sont pas celles des Monts Otish.

« La géologie est différente, explique M. Thomassin, de l'Association de l'exploration minière du Québec. La région des Monts Otish ressemble au bassin sédimentaire de l'Athabaska, en Saskatchewan (l'une des principales régions productrices d'uranium au monde). À Mont-Laurier et à la Baie-Johan-Beetz (le troisième site d'intérêt au Québec, sur la Basse-Côte-Nord), ce sont des veines plus difficiles à exploiter. »

Mais avec les prix qui s'envolent, plusieurs pensent que la partie pourrait tout de même être jouable.

Surtout que l'uranium de Mont-Laurier peut être extrait avec des mines à ciel ouvert, à un coût moindre qu'aux Monts Otish.

« Les coûts de minage et de production seront probablement plus bas que 18 $ la tonne », estime M. Moore, de Nova Uranium, qui a, lui aussi, sorti sa calculatrice.

« Nous espérons des concentrations d'une livre (par tonne), dit-il. Nous croyons qu'avec une telle concentration et un prix de l'uranium à 20 $ la livre, les opérations pourraient au minimum se maintenir. Ce ne serait pas suffisant pour démarrer la mine. Mais avec des prix de 40 ou 50 $ comme on en voit actuellement, ça pourrait être possible. »

Boom dans la prospection d'uranium au QuébecQuand les grands avalent les petits

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