CFLO : Vous êtes porte-parole de Nova Uranium, vous êtes une compagnie de consultants et vous avez parmi vos clients Nova Uranium.
M. Demers : Exacte, oui.
CFLO : Et vous M. Deschamps, vous êtes expert indépendant, vous n'êtes pas sur le paye role…
M. Deschamps : Non, je ne suis pas sur le paye role de Nova Uranium. Ma spécialité c'est physicien, je mesure des radiations. Donc, la sécurité des appareils à rayons X, la sécurité de l'utilisation des matières radioactives, dont les mesures de radon, qui est un gaz radioactif qui vient naturellement du sol.
CFLO : D'accord, pour revenir à la première question, la différence entre, même si c'est assez évident, exploration et exploitation.
M. Demers : En fait, l'exploration, il y a une très grande différence, même au niveau de l'industrie comme telle, il y a, je dirais, au Québec, il y a une association d'exploration minière qui est l'AEMQ : l'Association d'Exploration Minière du Québec, et l'AMQ qui est une Association Minière du Québec, donc déjà, il y a une grande différence entre les deux. Alors, l'exploration c'est les phases initiales qui permettent de caractériser le terrain, de comprendre la géologie, de comprendre et d'interpréter les anomalies, d'en définir les extensions s'il y a lieu et en fait, le but de l'exploration est essentiellement de trouver des gisements, donc on fait la recherche .
CFLO : Pour Nova Uranium, ça serait une bonne nouvelle d'en trouver beaucoup, pour eux, si il y en a beaucoup, ça serait parfait pour eux.
M. Demers : En fait, de trouver un gisement qui a la qualité d'exploitabilité, c'est peut-être ce que Nova Uranium, comme les sociétés juniors, recherche, et il faut dire qu'un gisement c'est un accident de la nature, sur peut-être un millier de projets, il y en a peut-être juste un qui va donner un résultat positif, à savoir que ça va peut-être devenir un gisement, et il y a des occurrences, des veines d'uranium et tout ça, qu'on peut retrouver un peu partout dans la nature, par contre, d'en retrouver en quantité suffisante pour en justifier une exploitation économique, c'est peut-être vraiment un accident, et c'est très rare, donc c'est ce qu'on recherche.
CFLO : Tantôt vous me montriez une carte, et vous me disiez les endroits partout à travers la province, il y en a à Montréal, il y en a dans bien des régions. Est-ce qu'on peut dire qu'il y en a un peu plus ici qu'ailleurs?
M. Demers : Si on prend une carte produite par le ministère qui donne les occurrences d'anomalies uranifères sur la province de Québec, on réalise qu'il y en a finalement plusieurs. Mont-Laurier en est une importante, parce qu'elle fait quand même entre 200 et 300 km de longueur par peut-être 30-40 km de largeur, mais c'est pas dit que cette zone là va nécessairement porter un gisement, parce qu'il y en a des beaucoup plus importantes au Québec.
CFLO : Moi je trouve ça une peu particulier parce que vous dites que Nova Uranium est ici, mais c'est comme si vous disiez que vous êtes là, mais ne soyez pas inquiets, il y en a pas beaucoup, on dirait que vous marchez sur des œufs…Il me semble que ce n'est pas une bonne nouvelle pour vous autres de dire qu'il n'y en a pas beaucoup.
M. Demers : Absolument pas, je n'ai pas dis qu'il n'en avait pas beaucoup, c'est que les chances de trouver un gisement, c'est un peu comme un billet de loterie. C'est sûr qu'il y a derrière tout ça une technique et il y a des méthodes, mais prenez par exemple, vous savez l'activité (eaurifère??) dans la région de l'Abitibi depuis combien d'années et combien de ressources et combien de centaines de million de dollars qui ont été investis en Abitibi et combien de mines on a trouvé, c'est quand même très limité, on n'en trouve même pas une par année, mais ça n'empêche pas qu'il y a une activité constante. Ça demande beaucoup d'efforts pour peu de résultats en général. Ça c'est les statistiques de l'industries minière, alors c'est normal qu'on vienne prospecter là ou les chances sont meilleures et puis comme c'est une anomalie uranifère, c'est normale que les sociétés s'y intéressent pour faire l'exploration et j'ai mentionné qu'il y en avait d'autres au Québec, mais faut dire que plus l'accès est facile, plus ça donner des chances d'exploiter un gisement à basse teneur avec une certaine profitabilité.
CFLO : Ces terres là appartiennent à qui?
M. Demers : C'est des terres de la Couronne.
CFLO : Et le gouvernement vous laisse l'accès, vous laisse aller travailler, devez vous faire des demandes de permis…
M. Demers : C'est en vertus de la loi sur les mines qui donne l'autorisation en prenant par exemple des ‘claimes', des (enjalonnements??) de terrain ni plus ni moins, et ces jalonnements se font sur carte, cela donne accès à la ressource et ça c'est partout au Québec, dans les zones ou l'enjalonnement est permis.
CFLO : Ça fait combien de temps que la compagnie est ici?
M. Demers : Je pense que ça fait quelques années, mais qui sont propriétaires des claimes en question. Mais l'activité a commencé sur le terrain de façon très active il y a à peu près un an.
CFLO : Puis à venir jusqu'à maintenant, est-ce que c'est concluant?
M. Demers : En fait, à venir jusqu'à maintenant, c'est beaucoup de travail, comme je l'ai mentionné, alors ce qu'on fait sur le terrain c'est par exemple des grilles en faisant du layonnage, de la coupe de ligne, pour passer des instruments, faire des prélèvements d'échantillons de surface, à l'occasion, on fait du forage pour aller un peu plus en profondeur.
CFLO : Mais y a-t-il des bonnes journées ou vous faites des découvertes satisfaisantes?
M. Demers : En partant d'aujourd'hui, on trouve des indications intéressantes, mais actuellement, on ne peut pas parler de gisement qui aurait les propriétés d'être exploitable, il faut vraiment qu'on parcours le terrain, ça demande beaucoup d'efforts et beaucoup d'années souvent de travail avant d'en arriver là, c'est pas quelque chose qui se fait en quelques semaines.
CFLO : M. Deschamps, qu'est-ce qui fait que la population a si peur ?
M. Deschamps : Habituellement, quand c'est radioactif, les gens ont une certaines crainte parce que nos sens ne peuvent pas le détecter, donc on a des mauvaises expériences historiques, quand on parle de radiation, les gens nous amènent toujours Nagasaki, Tchernobyl et tout ça, là on est loin de là. C'est de l'uranium naturel dans le sol, dans le roc, donc habituellement, il reste là. Là on peut faire des prélèvements, c'est assez conventionnel, donc ils font des trous, extraient des carottes et l'analysent en laboratoire, ce qui prend assez de temps. Et les gens ont toujours peur du radon, qui est un gaz radioactif qui est là de façon naturelle. Donc l'uranium est déjà dans le sol depuis le début de l'univers, depuis le big bang, et puis avec des demi-vies très très longues, la demi-vie c'est le temps que ça prend pour diminuer de moitié en activité, on parle de milliard d'années de demi-vie, donc il en reste encore, et un des sous produit de l'uranium c'est un gaz qui est le radon. Mais quand il y a de l'exploration, ça change pas le niveau de radon parce que même si on fait un trou, c'est à ciel ouvert, donc ça se dilue dans l'atmosphère, mais le sol ici en dessous et à côté de la bâtisse de votre poste, il y a de l'uranium dedans aussi, il y en a partout dans le monde et ça s'évapore toujours, sauf que c'est tellement grand que c'est difficile à mesurer, et habituellement on a des problèmes de radon dans des endroits confinés. Que ça soit ici dans vos studios, au sous-sol surtout et dans les maisons privées, on le mesure habituellement à l'étage le plus bas. Et ça c'est la géologie que le donne, donc c'est pas dû aux travaux même s'il y avait une mine comme à Oka, ou on est impliqué pour la mesure, c'est le même département de santé publique qu'ici, à ce moment là on mesurait dans les endroits les plus bas, qu'il y ait eu une mine à Oka ou pas, c'est les premiers mètres de sol qui influencent, et ça dépend de plusieurs propriétés de la maison.
CFLO : Et les liens entre le radon et un secteur comme le notre ou il y en a peut-être un peu plus, si on se fie au cartes, et le cancer, et le taux élevé de cancers?
M. Deschamps : Le radon peut produire sur de très longues périodes, donc on parle de 20, 25, 30 ans qu'on vit dans une maison ou il y a beaucoup de radon, et l'incidence de cancer est le cancer des poumons. C'est le seul, parce que c'est les sous produits du radon qui peuvent aller dans les poumons et là ça expose plus, mais l'effet est au moins dix fois plus chez des fumeurs que chez des non-fumeurs.
M. Demers : J'aimerais faire un commentaire si vous me le permettez, Michel, là-dessus, j'ai lu l'étude de santé publique faite par la direction au niveau des Laurentides, secteur Antoine-Labelle, et en lisant cette études, effectivement, le taux de cancer dans la région est plus élevé, mais on dénote aussi que le tabagisme, l'alimentation, l'inactivité physique, etc. sont aussi plus élevés ici qu'ailleurs au Québec, donc on ne peut pas nécessairement relier le fait qu'il y a plus de radon ici avec le fait qu'il y a plus de cancer, d'autant plus que le tabagisme est la principale cause du cancer du poumon, et ça c'est indéniable, alors déjà là, le fait qu'il y en ait plus dans la région nous permet peut-être de faire des corrélations.
CFLO : Tantôt vous parliez d'une compagnie qui fait de l'exploration comme Nova Uranium et qui vont faire des trous dans le sol pour aller chercher des carottes, et bon, on n'inventera pas la roue, ça c'est une chose, mais de là à faire un trou, un gigantesque trou….
M. Deschamps : À ciel ouvert, ça ne cause pas de problème. Dans les mines d'uranium à ciel ouvert, à ce moment là, ça ne cause pas de problème, et encore là, c'est ventilé énormément…
CFLO : Et comment ça se fait que des experts comme vous en viennent à des conclusions contraires, comment ça se fait que vous n'êtes pas capables de vous entendre là-dessus?
M. Demers : En fait, si vous me le permettez, au niveau du radon, je pense que tous les experts sont d'accord qu'en milieu non confiné, en milieu ouvert, ça ne pose pas de problème, par contre, on fait souvent référence au rejets de mines comme tels, c'est là que la problématique est bien soulignée, d'autant plus que dans les années passées, là ou le mot environnement n'était pas utilisé, on a fait de l'exploitation, de l'extraction minière de façon à ne pas tenir compte des conséquences des rejets miniers. Alors, l'industrie minière d'aujourd'hui est peut-être, au niveau uranifère, une des plus règlementée, c'est l'industrie peut-être la plus règlementée au Canada, et les standards canadiens sont parmi les plus élevés, de sorte que toute exploitation fait l'objet d'une réglementation très très serrée, très suivie à tous les niveaux, autant en santé publique, santé humaine, protection des employés, autant au niveau environnement etc, etc, et lorsqu'on parle d'un chantier, d'une mine ou quoi que se soit, ce n'est pas du tout dans le cadre de se qu'on fait ici, on se comprend, mais si jamais dans le meilleur des cas on arrivait à trouver un gisement qui se prêterait à une telle exploitation, on aurait quand même à se débattre avec des contraintes et avec toute sorte de réglementations qui existent et avec lesquelles l'industrie est habituée maintenant de se conformer.
CFLO : D'accord, mais ce n'est pas ce matin, à cette heure-ci qu'on va savoir dans combien d'année il y aura l'exploitation d'uranium dans la région..
M. Demers : Non, on parle d'années quand même, on parle de plusieurs années, il y a tout un processus à suivre.